« Ceux qui ne savent pas creuser, ils meurent »

  • Post published:12 juillet 2022

Extrait d’un article du Monde écrit par Thomas d’Istria (Siversk, Ukraine, envoyé spécial),

Lorsque les séparatistes ukrainiens soutenus par Moscou s’étaient emparés deSiversk, Ivan avait fui vers Kharkiv avant de revenir, quatre mois plus tard, en juillet, après la libération de la ville par l’armée ukrainienne. Cette fois-ci, l’homme de 32 ans, resté avec ses enfants, ne partira pas, comme « un quart » des 7 000 habitants que comptait la ville avant la guerre. « Je suis chez moi, nous vivons ici, si les Russes viennent, je leur dirai “salut” », s’amuse-t-il, agitant la main dans les airs. « Qu’est-ce que l’on peut faire d’autre », demande Valeriy, 52 ans, qui évoque le manque de moyens financiers pour fuir.

« Trois mois sans gaz ni électricité »

La bataille pour l’oblast de Donetsk s’intensifie mais les deux hommes continuent de sortir. Les habitants se sont habitués à devoir vivre une partie de la journée dans les abris anti-bombardements. Un magasin ouvre de temps en temps. Parfois, des volontaires viennent déposer de l’aide humanitaire. Selon Ivan, cela fait environ trois mois qu’ils n’ont plus de gaz ou d’électricité.

Face au déluge de missiles, les soldats ont dû creuser des tranchées afin de tenir leurs positions. « Moi, je sais bien creuser la terre, c’est pour ça que je suis en vie », lâche Ihor Levachov tandis que son frère, Sergueï, opine de la tête. « Ceux qui ne savent pas creuser, ils meurent ». Tout en tenant cette position jusqu’au bout, les soldats devaient également faire des allers-retours afin d’évacuer leurs camarades blessés, une cinquantaine estime Ihor Levachov. Aussi, selon l’homme, huit de leurs camarades sont morts.